{"id":103,"date":"2020-02-26T19:35:21","date_gmt":"2020-02-26T18:35:21","guid":{"rendered":"https:\/\/albert.aribaud.net\/?p=103"},"modified":"2023-01-02T17:22:25","modified_gmt":"2023-01-02T16:22:25","slug":"sauve-qui-peut","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/aribaud.net\/albert\/sauve-qui-peut\/","title":{"rendered":"SAUVE QUI PEUT !"},"content":{"rendered":"<div class=\"field field-name-body field-type-text-with-summary field-label-hidden\">\n<div class=\"field-items\">\n<div class=\"field-item even\">\n<p><i>Ce texte, \u00e9crit par Albert Aribaud &lt;<a href=\"https:\/\/web.archive.org\/web\/20160312134421\/mailto:albert.aribaud@free.fr\">albert.aribaud@free.fr<\/a>&gt; fut publi\u00e9 en 2000 dans le <\/i><i>n\u00b0 00 du <\/i><i>fanzine Gam\u00e8te, dont l&rsquo;\u00e9diteur, Claude Dumont, est d\u00e9c\u00e9d\u00e9 depuis. Il est diffus\u00e9 sous licence <a href=\"https:\/\/web.archive.org\/web\/20160312134421\/http:\/\/creativecommons.org\/licenses\/by-nc-nd\/2.0\/fr\/\">Creative Commons by-nc-nd<\/a>, (attribution, pas d&rsquo;usage commercial, pas de modification) ; pour tout usage incompatible avec cette licence, contacter l&rsquo;auteur. La contrainte d&rsquo;attribution implique le maintien de ce paragraphe juste avant ou juste apr\u00e8s le titre du texte. Le texte peut \u00eatre diffus\u00e9 sous tout format de fichier ne comportant pas de mesure technique de protection.<\/i><\/p>\n<p>\u00c7a para\u00eet pas comme \u00e7a, mais Val et moi, on prend soin de la <i>Sauterelle<\/i>. Quand tes revenus tiennent directement \u00e0 chaque vis de ton bahut, tu le traites bien. C&rsquo;est pas comme les pilotes de compagnie ; leurs tacots pourraient perdre un moulin en s&rsquo;arrachant qu&rsquo;ils continueraient comme si.<\/p>\n<p>Donc, la <i>Sauterelle<\/i>, on la m\u00e9nage. Alors quand, pendant ma sieste, Val l\u2019a brutalement ramen\u00e9e d\u2019hyper-v\u00e9locit\u00e9 en espace conventionnel sans avertir, \u00e7a m&rsquo;a fait tout dr\u00f4le. En plus, elle a encha\u00een\u00e9 illico : verniers b\u00e2bord \u00e0 fond pour retourner, verniers tribord pour r\u00e9duire le lacet, et en final une bonne surprop&rsquo; pour renverser la course avant de ramener les moulins \u00e0 vitesse de croisi\u00e8re.<\/p>\n<p>Une man\u0153uvre de ce genre, sans les anti-g, l&rsquo;\u00e9quipage red\u00e9core le cockpit. Mais Val avait pens\u00e9 \u00e0 les enclencher avant de nous offrir notre tour de man\u00e8ge gratuit. Du coup, je me suis juste ramass\u00e9 au pied de ma couchette avec une s\u00e9rieuse envie de faire l\u2019inventaire de mon estomac, mais \u00e7a, c&rsquo;est pas surprenant quand ta caisse d\u00e9cide brutalement de se reconvertir dans l&rsquo;essorage \u00e0 la tonne. Avec toi dans le r\u00f4le de la salade.<\/p>\n<p>J&rsquo;ai attendu une minute que l&rsquo;horizontale, la verticale et l&rsquo;azimut finissent de ren\u00e9gocier leurs boulots respectifs dans ma perception spatiale.<\/p>\n<p>\u00ab \u00c7a va, Sam ? Pas trop secou\u00e9 ? \u00bb<\/p>\n<p>Val a un sens de l&rsquo;euph\u00e9misme qui me fait marrer, en g\u00e9n\u00e9ral.<\/p>\n<p>\u00ab \u00c7a pourrait aller mieux. Par exemple, on pourrait toujours filer \u00e0 cinquante \u00e9quivalents-<i>c <\/i>vers Epsilon Eridani. Mais je suppose que tu as une bonne raison pour faire demi-tour sans pr\u00e9venir. \u00bb<\/p>\n<p>Elle a eu un petit rire.<\/p>\n<p>\u00ab Jette donc un \u0153il au scanner de proue. \u00bb<\/p>\n<p>J&rsquo;ai regard\u00e9. Y&rsquo;avait un fond verd\u00e2tre, qui correspondait aux poussi\u00e8res sur lesquelles on fon\u00e7ait, une tache verte : l&rsquo;\u00c9toile de Hawking, et puis, au milieu d&rsquo;un halo plus clair, une tache tr\u00e8s lumineuse et <i>clignotante<\/i>.<\/p>\n<p>\u00ab Un \u00e9metteur radio conventionnel ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab A ce qu&rsquo;il semble. Hawking le cachait sans doute jusqu\u2019\u00e0 ce que nous la d\u00e9passions. C&rsquo;est dans la bande de fr\u00e9quences d&rsquo;urgence, mais c\u2019est juste un bip, pas un message de d\u00e9tresse. C&rsquo;est assez bizarre, j&rsquo;ai l&rsquo;impression. \u00bb<\/p>\n<p>J&rsquo;ai rigol\u00e9 \u2014 un bon truc pour savoir si t&rsquo;as une c\u00f4te p\u00e9t\u00e9e, soit dit en passant. J&rsquo;en avais pas.<\/p>\n<p>\u00ab <i>L&rsquo;impression<\/i> ? Et ton impression, maintenant, c&rsquo;est qu&rsquo;on va voir l\u00e0-bas si on nous invite au pique-nique, je parie&#8230; \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Nous n&rsquo;avons pas le choix. \u00c7a peut relever de l&rsquo;Obligation de Secours. Nous serons au contact dans une quinzaine d&rsquo;heures si nous pouvons conserver cette vitesse. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab &#8230; Et je parie aussi que celui qui va aller demander le sel, c&rsquo;est ma pomme. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Tu ne voudrais pas que <i>je<\/i> sorte, tout de m\u00eame ? Et puisque nous avons le temps, fais donc un check-up, au cas o\u00f9 tu aurais plus souffert que tu n\u2019en as l\u2019air. \u00bb<\/p>\n<p>R\u00e9sign\u00e9, j&rsquo;ai d\u00e9pli\u00e9 le si\u00e8ge m\u00e9dical et je m&rsquo;y suis assis. Pendant que l&rsquo;engin protestait une fois de plus contre mon poids excessif, je r\u00e9fl\u00e9chissais. Une fois arriv\u00e9s sur les lieux, tout ce qu&rsquo;on trouverait, sans doute, ce serait des d\u00e9bris \u00e9parpill\u00e9s sur un parsec cube. Mais \u00e0 cause de l&rsquo;Obligation de Secours, j&rsquo;allais devoir me taper les identifications post-mortem. En fait, c\u2019est tellement rare de trouver des rescap\u00e9s qu&rsquo;entre pilotes encore vivants, on abr\u00e8ge le terme en <i>ObSec<\/i>. Les pilotes ont un sens de l&rsquo;humour <i>tr\u00e8s<\/i> douteux.<\/p>\n<p>D&rsquo;un autre c\u00f4t\u00e9, si j&rsquo;avais \u00e9t\u00e9 \u00e0 la place de Val, j&rsquo;aurais agi comme elle, en fait. L&rsquo;Obligation de Secours, pour les francs-pilotes, c&rsquo;est pas seulement un d\u00e9cret f\u00e9d\u00e9ral : c&rsquo;est la garantie que le jour o\u00f9 c&rsquo;est lui qui tamponne, s&rsquo;il survit, y&rsquo;aura quelqu&rsquo;un qui radinera pour lui tendre la pogne, quoi qu&rsquo;il en co\u00fbte. Alors \u00e7a fait partie du bizness.<\/p>\n<p>A part \u00e7a, que ce soit moi qui me tape la sortie, \u00e7a allait assez de soi. Apr\u00e8s tout, j&rsquo;\u00e9tais l&rsquo;homme.<\/p>\n<h3>\u2022<\/h3>\n<p>Finalement, c&rsquo;\u00e9tait un vaisseau entier, \u00e0 part que son moulin tribord avait aval\u00e9 son bon de garantie plut\u00f4t violemment ; il tra\u00eenait quelques dix mille kilom\u00e8tres derri\u00e8re la coque. On l&rsquo;avait loup\u00e9 au radar parce qu&rsquo;il \u00e9tait cach\u00e9 par le navire.<\/p>\n<p>Quant au signal, il venait tout droit de l&rsquo;antenne principale. C&rsquo;\u00e9tait sans doute tout ce que le vaisseau pouvait \u00e9mettre dans son \u00e9tat.<\/p>\n<p>J&rsquo;ai v\u00e9rifi\u00e9 mes jauges pour la n-i\u00e8me fois. J&rsquo;avais encore pour plusieurs heures d&rsquo;autonomie, mais ce serait s\u00fbrement court : c&rsquo;\u00e9tait un vaisseau de croisi\u00e8re d&rsquo;au moins trois cents places, avec une cinquantaine de membres d&rsquo;\u00e9quipage, \u00e0 vue de nez. En explosant, le moteur avait entra\u00een\u00e9 un bon cinqui\u00e8me arri\u00e8re de la coque avec lui ; autant dire qu&rsquo;il restait peu de chances de retrouver du personnel. Par contre, l&rsquo;avant avait l&rsquo;air intact, et c&rsquo;est l\u00e0 que sont les passagers. Aussi bien, j&rsquo;allais en trouver une dizaine de vivants.<\/p>\n<p>Val a interrompu mes pens\u00e9es.<\/p>\n<p>\u00ab Bonne nouvelle, Sam : l&rsquo;\u00e9pave poss\u00e8de un ordinateur de bord Shabasch, comme la <i>Sauterelle<\/i>. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab A tes souhaits. Et en pratique, \u00e7a veut dire quoi ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Que nos moyens informatiques sont compatibles, donc que je vais peut-\u00eatre pouvoir t\u00e9l\u00e9charger ici le journal de bord de l&rsquo;\u00e9pave. Mais \u00e7a va prendre un bon moment ; il a un temps de r\u00e9ponse anormalement long. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab \u00c7a t&rsquo;\u00e9tonne ? Il a d\u00fb sacr\u00e9ment morfler quand ils ont tamponn\u00e9 ! \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Je ne crois pas. Il est situ\u00e9 \u00e0 l&rsquo;avant et l&rsquo;essentiel des d\u00e9g\u00e2ts est \u00e0 l&rsquo;arri\u00e8re. A part \u00e7a, Hawking est assez proche pour alimenter les volets solaires. Tu devrais commencer par en d\u00e9bloquer quelques-uns. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Je ferais pas mieux d&rsquo;aller jeter un \u0153il \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur d&rsquo;abord ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab S&rsquo;ils ont surv\u00e9cu jusqu&rsquo;ici, ils survivront encore cinq minutes. Et ce ne sera pas plus mal si tu disposes de sources d&rsquo;\u00e9nergie dans le vaisseau. Deux des volets solaires peuvent \u00eatre d\u00e9bloqu\u00e9s au v\u00e9rin, \u00e0 mon avis. De plus, \u00e7a nous permettra de recharger nous aussi. \u00bb<\/p>\n<p>Elle avait raison : c\u2019est la r\u00e8gle, le vif se sert sur le mort. Et l\u00e0, les occupants \u00e9ventuels, s&rsquo;il en restait, se foutaient bien qu&rsquo;on leur taxe quelques m\u00e9gawatts pendant une heure et qu&rsquo;on siphonne leur propulsif, vu que plus jamais leur barlu ne retournerait \u00e0 flot.<\/p>\n<p>Je suis all\u00e9 au passe-plat b\u00e2bord de la <i>Sauterelle<\/i>. Dedans, Val m\u2019avait mis les deux v\u00e9rins. D&rsquo;un coup de prop&rsquo;, j&rsquo;ai rejoint le vaisseau naufrag\u00e9. J&rsquo;\u00e9tais qu&rsquo;\u00e0 quinze secondes bord \u00e0 bord : Val est dou\u00e9e pour les man\u0153uvres. J&rsquo;ai trouv\u00e9 les volets, j&rsquo;ai fix\u00e9 les v\u00e9rins et je les ai enclench\u00e9s. Puis j&rsquo;ai commenc\u00e9 \u00e0 parcourir la coque pour trouver un sas man\u0153uvrable.<\/p>\n<p>\u00ab OK, Val, j&rsquo;ai un acc\u00e8s. \u00bb J&rsquo;ai fait sauter le capot des voyants externes. \u00ab Tout est au vert, mais il donne une pression interne \u00e0 z\u00e9ro. Je vais essayer d&rsquo;entrer. Au fait, le nom du barlu est marqu\u00e9 sur le sas. C&rsquo;est le <i>Scintillant<\/i>. Mignon, non ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Tr\u00e8s. Place des relais r\u00e9guli\u00e8rement. Si jamais je te perds, je serai tr\u00e8s emb\u00eat\u00e9e&#8230; \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab \u00c7a roule. La porte vient lentement&#8230; Oh, merde. \u00bb<\/p>\n<p>D&rsquo;abord, je me suis \u00e9cart\u00e9, puis j&rsquo;ai pens\u00e9 \u00e0 l&rsquo;ObSec, j&rsquo;ai agripp\u00e9 le col du scaphandre et je l&rsquo;ai ramen\u00e9 dans le sas, o\u00f9 je l&rsquo;ai arrim\u00e9 vite fait. J&rsquo;ai farfouill\u00e9 dans l&rsquo;encolure \u00e0 la recherche du m\u00e9daillon. J&rsquo;ai eu un mal fou \u00e0 le trouver dans le scaphandre et \u00e0 le faire passer autour de la t\u00eate, parce que je ne voulais pas <i>le<\/i> toucher. Ma visi\u00e8re a commenc\u00e9 \u00e0 s\u00e9rieusement s&#8217;embuer, mais j&rsquo;ai finalement r\u00e9ussi. J&rsquo;ai regard\u00e9 le m\u00e9daillon.<\/p>\n<p>\u00ab Et d&rsquo;un, Val. Quartier-ma\u00eetre Vogel. Trouv\u00e9 dans le sas, euh&#8230; T21, en scaphandre, sans casque. D\u00e9pressurisation. Bon, je mets un relais et j&rsquo;essaie de fermer. \u00bb<\/p>\n<p>Sur la paroi du sas, j&rsquo;ai coll\u00e9 un relais radio, puis j&rsquo;ai referm\u00e9 la porte externe.<\/p>\n<p>\u00ab Val ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Je t&rsquo;entends, Sam. Le relais fonctionne. Quand tu auras ouvert la porte int\u00e9rieure, ne la referme pas si tu peux l&rsquo;\u00e9viter. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab OK, maman. Bon, o\u00f9 je vais, maintenant ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab D\u2019ici, on ne d\u00e9tecte aucune activit\u00e9. \u00bb<\/p>\n<p>J&rsquo;ai regard\u00e9 de nouveau mes jauges. Puis les t\u00e9moins du sas. Le couloir \u00e9tait \u00e0 pression z\u00e9ro, lui aussi. Dommage pour ceux qui s&rsquo;y trouvaient quand c&rsquo;est arriv\u00e9. J\u2019ai appuy\u00e9 sur le poussoir, et la porte s\u2019est ouverte sans protester.<\/p>\n<p>\u00ab Bon, je vais supposer que s&rsquo;il y a du monde, ils sont vers la proue. Avec les sas, \u00e7a me prendra du temps, mais je pense que je p \u2014 \u00bb<\/p>\n<p>Dans mon casque, une sonnerie \u00e0 arracher les \u00e9tiquettes m&rsquo;a interrompu. Dans le m\u00eame geste, j&rsquo;ai claqu\u00e9 le poussoir d&rsquo;acquittement sur mon col pour arr\u00eater l&rsquo;alarme de vibration\/d\u00e9rive, et saisi la main-courante du couloir. Ensuite, j&rsquo;ai gueul\u00e9 :<\/p>\n<p>\u00ab Val ! Le bahut est pas froid ! \u00c7a bouge encore ! \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab N\u00e9gatif, Sam. C&rsquo;est l&rsquo;un des volets, qui r\u00e9sistait au v\u00e9rin, et qui vient de l\u00e2cher. Il y a deux volets actifs, maintenant. Tu devrais voir les syst\u00e8mes \u00e9lectriques essentiels red\u00e9marrer. \u00bb<\/p>\n<p>Comme pour ponctuer ses paroles, les veilleuses d&rsquo;urgence se sont \u00e9teintes et les plafonniers les ont relay\u00e9es. J&rsquo;ai attendu un peu, mais y&rsquo;a pas eu de nouvelle alarme.<\/p>\n<p>\u00ab Bon. Je disais que je remontais vers la passerelle. Pression nulle, toujours. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Sam, il y a une console pr\u00e8s de toi ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Doit y en avoir dans une des salles qui donnent sur le couloir, sans doute. Pourquoi ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Tes relais m&rsquo;indiquent une autre porteuse que la tienne, dans la bande de communications int\u00e9rieures. Canal quatre-vingts. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Sans doute le micro du grand chef qu&rsquo;il a laiss\u00e9 branch\u00e9 avant de partir en vacances. Je bascule sur quatre-vingts puis je te reprends. \u00bb<\/p>\n<p>J&rsquo;ai bascul\u00e9. Et dans mon \u00e9couteur, j&rsquo;ai entendu <i>\u00e7a<\/i>.<\/p>\n<p>\u00ab &#8230;dez-moi, par piti\u00e9 ! Je sais qu&rsquo;il y a quelqu&rsquo;un ! Je suis l\u00e0 ! R\u00e9pondez-moi ! Ne m&rsquo;abandonnez pas ici ! Je vous en <i>prie<\/i> ! \u00bb<\/p>\n<p>C&rsquo;\u00e9tait une voix de femme. Au bord de la crise de nerfs. Non, en fait, <i>en pleine<\/i> crise de nerfs. J&rsquo;ai rebascul\u00e9 sur Val.<\/p>\n<p>\u00ab Val, tu m&rsquo;entends ? Y&rsquo;a une survivante. C&rsquo;est elle qui cause sur le quatre-vingts. Elle est disjonct\u00e9e complet. Je te l\u00e2che pour trois minutes, je vais essayer de la calmer. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Entendu. \u00bb<\/p>\n<p>Bascule, de nouveau. Et de nouveau, la voix affol\u00e9e.<\/p>\n<p>\u00ab &#8230;rir ici, si vous ne venez pas me chercher ! \u00c9coutez-moi ! Ne partez pas ! Je pourrai pas le sup\u2014 \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Ici Sam Foster, de la <i>Sauterelle en Fer-Blanc<\/i>. Vous m&rsquo;entendez ? \u00bb<\/p>\n<p>La voix s&rsquo;est tue, compl\u00e8tement. Un temps, j&rsquo;ai m\u00eame cru que j&rsquo;avais perdu le signal. J&rsquo;ai parl\u00e9 \u00e0 nouveau.<\/p>\n<p>\u00ab Est-ce que vous m&rsquo;entendez ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Ou\u2014oui ! Je vous entends ! Grands dieux, je vous entends ! Venez me chercher ! Sortez-moi de l\u00e0 ! \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab OK, calmez-vous. J&rsquo;vais vous tirer de l\u00e0, heu&#8230; C&rsquo;est quoi, vot&rsquo; nom ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Flora. Flora Kesler. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab D&rsquo;ac, Flora. Moi, c&rsquo;est Sam. Vous savez o\u00f9 vous \u00eates ? Dans votre cabine ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Non&#8230; On nous a emmen\u00e9s ailleurs apr\u00e8s la premi\u00e8re explosion. Les officiers avaient l&rsquo;air tr\u00e8s press\u00e9s&#8230; Et puis il y a eu une autre explosion&#8230; J&rsquo;ai perdu connaissance, et quand je suis revenue \u00e0 moi, j&rsquo;\u00e9tais seule dans cette pi\u00e8ce&#8230; \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Dans quelle direction ils vous avaient emmen\u00e9e ? La proue ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab La quoi ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab C&rsquo;\u00e9tait vers l&rsquo;avant du vaisseau ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Je ne sais pas&#8230; Nous allions vers la passerelle du commandant de bord. \u00bb<\/p>\n<p>La proue, donc. J&rsquo;ai commenc\u00e9 \u00e0 avancer, sans oublier de poser mes relais \u00e0 chaque intersection, tout en poursuivant ma causette avec la nana. D&rsquo;apr\u00e8s sa description, ils l&rsquo;avaient laiss\u00e9e dans une des salles de survie, faute de caissons de suspension sans doute. Elle avait trouv\u00e9 les r\u00e9serves de bouffe, les couvrantes et fini par d\u00e9couvrir les sanitaires, comme on ose appeler \u00e7a.<\/p>\n<p>Mais pour ce qui \u00e9tait de la trouver, moi, macache. J&rsquo;\u00e9tais arriv\u00e9 \u00e0 un beau carrefour, une porte \u00e0 gauche, une \u00e0 droite, une en face et un escalier. La fille n&rsquo;avait pas le plus petit souvenir du chemin qu&rsquo;elle avait pris ; et l\u00e0 o\u00f9 elle \u00e9tait, pas une inscription, pas un num\u00e9ro sur les parois ou sur la porte. Brouillard total. J&rsquo;allais devoir faire au petit bonheur.<\/p>\n<p>\u00ab Sam ? Vous \u00eates toujours l\u00e0 ? Je ne vous entends plus ! \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab J&rsquo;suis l\u00e0, Flora. Tout baigne. Simplement, j&rsquo;peux pas aller droit sur vous parce que j&rsquo;ai pas les plans du bahut, et m\u00eame si je les avais, j&rsquo;sais pas encore o\u00f9 vous \u00eates. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Ne me laissez pas l\u00e0 ! \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Pas d&rsquo;af&rsquo;. J&rsquo;vais mettre un peu de temps mais je vais vous trouver. \u00bb<\/p>\n<p>La porte d&rsquo;en face donnait sur la suite du couloir. L&rsquo;escalier menait aux coursives d&rsquo;entretien et au couloir central. A vue de nez, les portes lat\u00e9rales donnaient sur les salles de survie ou les caveaux. Au pif, j&rsquo;ai pris \u00e0 gauche.<\/p>\n<p>C&rsquo;\u00e9tait un sas, mais cette fois, y&rsquo;avait de la pression de l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9. Bon signe, \u00e7a. Z\u00e9ro quatre-vingt-quinze, pas mal. Oxy \u00e0 vingt, c&rsquo;\u00e9tait respirable. J&rsquo;ai ferm\u00e9 la porte externe et \u00e9galis\u00e9.<\/p>\n<p>\u00ab Val, je suis dans le sas d&rsquo;une salle sous pression. Je vais essayer de voir si je peux respirer. Pression, z\u00e9ro-neuf-cinq. Oxyg\u00e8ne, vingt. Je tente le coup. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Re\u00e7u. \u00bb<\/p>\n<p>J&rsquo;ai mis les mains sur les verrous de mon casque, j&rsquo;ai inspir\u00e9 une bonne fois, et je l&rsquo;ai enlev\u00e9 d&rsquo;un coup sec. Pas h\u00e9siter, dans ces cas-l\u00e0.<\/p>\n<p>Dire que l&rsquo;air \u00e9tait respirable, c&rsquo;est exag\u00e9rer. Une odeur ind\u00e9finissable mais qui voulait dire <i>mort<\/i>. Quand un vaisseau d\u00e9prime, c&rsquo;est r\u00e9gl\u00e9 : les corps sont \u00e9ject\u00e9s, et de toute fa\u00e7on y&rsquo;a pas d&rsquo;air pour sentir quoi que ce soit. Mais dans une caisse encore \u00e9tanche, c&rsquo;est l&rsquo;horreur.<\/p>\n<p>J&rsquo;ai ouvert la porte int\u00e9rieure et je suis entr\u00e9 dans la pi\u00e8ce.<\/p>\n<p>C&rsquo;\u00e9tait un caveau. Y&rsquo;avait deux rang\u00e9es de huit caissons de suspension. Tous \u00e9teints. Pas un bip. Pas une lumi\u00e8re. Je me suis approch\u00e9 du premier bac et j&rsquo;ai jet\u00e9 un \u0153il sur l&rsquo;occupant. Cann\u00e9, bien s\u00fbr. Et j&rsquo;avais pas besoin d&rsquo;aller voir les autres pour piger qu&rsquo;ils \u00e9taient tous raides. La mise en stase avait foir\u00e9, s\u00fbrement faute de jus.<\/p>\n<p>J&rsquo;ai pas expliqu\u00e9 \u00e0 la gosse sur quoi j&rsquo;\u00e9tais tomb\u00e9, mais je lui ai dit qu&rsquo;y fallait que je reprenne contact avec la <i>Sauterelle<\/i>. Puis j&rsquo;ai bascul\u00e9 sur Val.<\/p>\n<p>\u00ab Sam ? Tu l&rsquo;as trouv\u00e9e ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Non. Par contre je suis arriv\u00e9 \u00e0 un caveau, et j&rsquo;ai seize macchabs sur les bras. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Donne-moi les identit\u00e9s, je note. \u00bb<\/p>\n<p>J&rsquo;ai fait les caissons, un par un. Heureusement, c&rsquo;\u00e9taient des morts consciencieux : ils avaient tous leur plaque. J&rsquo;ai cit\u00e9 les quinze premiers noms. Puis je me suis arr\u00eat\u00e9 au dernier caisson. Au bout d&rsquo;une dizaine de secondes, Val a parl\u00e9.<\/p>\n<p>\u00ab Sam, tu ne m&rsquo;as donn\u00e9 que quinze noms. Est-ce qu&rsquo;il n&rsquo;y avait pas seize morts ? \u00bb<\/p>\n<p>J&rsquo;ai regard\u00e9 le caisson \u00e0 nouveau. Puis la plaque. Longuement. Puis j&rsquo;ai r\u00e9pondu.<\/p>\n<p>\u00ab Val&#8230; Tu crois aux fant\u00f4mes, toi ? \u00bb<\/p>\n<h3>\u2022<\/h3>\n<p>J&rsquo;ai mont\u00e9 un bateau \u00e0 Flora \u2014 enfin, \u00e0 ce qui me causait sur le canal quatre-vingts \u2014 au sujet de ma r\u00e9serve oxy et j&rsquo;ai regagn\u00e9 la <i>Sauterelle<\/i> au plus vite. Une fois dedans, j&rsquo;ai fait le point avec Val.<\/p>\n<p>\u00ab Y&rsquo;a aucun doute. La plaque est bien visible, pas retourn\u00e9e ni sale. En fait elle brille comme si on venait de la passer au polish. KESLER, Flora. J&rsquo;peux pas me gourer. Et plus morte que \u00e7a, tu peux pas, Val. Veines, l\u00e8vres et doigts bleus, yeux vitreux, sphincters rel\u00e2ch\u00e9s. Putain, mais avec quoi je causais sur le quatre-vingts ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Ne cherche plus : avec l&rsquo;ordinateur de bord du <i>Scintillant<\/i>. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Attends, t&rsquo;as craqu\u00e9, toi aussi ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Non. J&rsquo;ai simplement re\u00e7u son journal de bord pendant que tu rentrais ici, et tout y est consign\u00e9. Je t&rsquo;ai d\u00e9j\u00e0 dit que le <i>Scintillant<\/i> \u00e9tait \u00e9quip\u00e9 d&rsquo;un ordinateur Shabasch, comme la <i>Sauterelle<\/i>. Eh bien, cet ordinateur a op\u00e9r\u00e9 une sauvegarde en urgence sur un caisson de survie. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Euh, en clair ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab En clair&#8230; Le vaisseau manquait d&rsquo;\u00e9nergie quand on a plac\u00e9 les passagers en caisson, et la plupart n&rsquo;ont m\u00eame pas atteint la stase. Du coup, leurs caissons se sont arr\u00eat\u00e9s, et celui de Flora s&rsquo;est retrouv\u00e9 seul en marche. Il a eu assez de puissance pour la mettre en stase, mais elle avait une h\u00e9morragie interne grave. Il a signal\u00e9 la situation \u00e0 l&rsquo;ordinateur, et celui-ci, ayant sans doute trop de d\u00e9cisions simultan\u00e9es \u00e0 prendre, a rapatri\u00e9 l&rsquo;esprit de Flora dans ses banques m\u00e9morielles et lui a donn\u00e9 une r\u00e9sidence virtuelle bas\u00e9e sur une salle r\u00e9elle du <i>Scintillant<\/i>. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Boufre. J&rsquo;savais m\u00eame pas qu\u2019un ordinateur pouvait faire \u00e7a. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Seul un ordinateur Shabasch peut le faire, parce que contrairement aux machines terriennes, sa structure est similaire \u00e0 celle d\u2019un cerveau humain. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Putain. Bon, ben j&rsquo;ai plus qu&rsquo;\u00e0 retourner l\u00e0-bas et d\u00e9brancher le bordel. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Je te demande pardon ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Ben oui. Tant que l&rsquo;\u00e9pave \u00e9met, y&rsquo;a plein d&rsquo;autres caisses qui vont radiner comme nous pour des n\u00e8fles, puisqu&rsquo;en fait y&rsquo;a aucun survivant ! Donc faut que j&rsquo;aille couper l&rsquo;ordinateur de bord. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Quoi ? Il n&rsquo;en est pas question, tu m&rsquo;entends ? PAS QUESTION ! \u00bb<\/p>\n<p>J&rsquo;en suis rest\u00e9 tout con. Val, en <i>col\u00e8re<\/i> ?<\/p>\n<p>\u00ab M&rsquo;enfin, Val, c&rsquo;est qu&rsquo;une machine qui a d\u00e9conn\u00e9 ! \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Non, ce n&rsquo;est pas une machine ! C&rsquo;est un \u00eatre humain ! Tu crois que c&rsquo;est une machine ? Alors dis-le-lui, et en prime, annonce-lui que tu vas la d\u00e9brancher ! Qu&rsquo;est-ce que tu attends ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Mais Val&#8230; Qu&rsquo;est-ce qui te prend ? C&rsquo;est pas un \u00eatre humain, c&rsquo;est une copie, c&rsquo;est toi-m\u00eame qui l&rsquo;as dit ! C&rsquo;est une copie d&rsquo;\u00eatre humain rang\u00e9e dans un ordinateur. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Et <i>moi<\/i>, alors, qu&rsquo;est-ce que je suis ? Va jusqu&rsquo;au bout de tes actes ! Sous ce tableau de bord, il y a un levier. La notice dit que si on tire ce levier, on d\u00e9sactive les fonctions \u00e9volu\u00e9es de l&rsquo;ordinateur de bord. Moi, je dis que si tu tires dessus, tu me <i>tues<\/i>. Tu comprends \u00e7a ? Alors puisque tu te sens d&rsquo;humeur \u00e0 d\u00e9brancher des ordinateurs, vas-y ! Regarde-moi dans les yeux et <i>assassine ton ordinateur de bord<\/i> ! \u00bb<\/p>\n<p>Et sur son \u00e9cran, Val, le visage de Val, avec son casque de cheveux blonds et ses yeux gris qui lan\u00e7aient soudain des \u00e9clairs, m&rsquo;a regard\u00e9 fixement. Et je suis rest\u00e9 comme deux ronds de flan, sans plus savoir quoi dire. Sans plus savoir quoi penser, non plus.<\/p>\n<p>\u00ab C&rsquo;est \u00e7a, ton humanit\u00e9 ? Si tu n&rsquo;as aucun remords \u00e0 effacer un esprit v\u00e9ritablement humain, \u00e0 quoi faut-il que moi, je m&rsquo;attende ? Le jour o\u00f9 tu auras cess\u00e9 d&rsquo;aimer le son de ma voix, m&rsquo;arr\u00eateras-tu sans m\u00eame une h\u00e9sitation ? C&rsquo;est \u00e0 \u00e7a que je dois me pr\u00e9parer ? A ce que ma derni\u00e8re vision soit ta main basculant sans \u00e9motion un coupe-circuit ? \u00bb<\/p>\n<p>Soudain, je me rendais compte que depuis le temps qu&rsquo;on volait ensemble, j&rsquo;avais compl\u00e8tement oubli\u00e9 que Val n&rsquo;\u00e9tait pas r\u00e9elle. J&rsquo;avais beau ne la voir que sur \u00e9cran et ne l&rsquo;entendre que dans des haut-parleurs, j&rsquo;avais beau \u00eatre seul \u00e0 manger aux repas, inconsciemment, je l&rsquo;imaginais ailleurs dans la <i>Sauterelle<\/i>, assise \u00e0 son propre pupitre. On en \u00e9tait arriv\u00e9s, elle et moi, \u00e0 \u00eatre copains. Je veux dire, j&rsquo;en \u00e9tais arriv\u00e9 \u2014 Oh, et merde. Quel foutoir, soudain.<\/p>\n<p>\u00ab Mince, mais Val, de toute fa\u00e7on, qu&rsquo;est-ce que je peux faire d&rsquo;autre ? J\u2019peux pas la prendre \u00e0 bord, que je sache ! \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Effectivement. Les banques de bord suffisent \u00e0 peine \u00e0 ma propre personnalit\u00e9. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Non, j&rsquo;voulais dire la prendre physiquement \u00e0 bord. J&rsquo;savais m\u00eame pas qu&rsquo;on pouvait transf\u00e9rer des personnalit\u00e9s d&rsquo;une b\u00e9cane \u00e0 l&rsquo;autre comme \u00e7a. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab On peut, figure-toi, sur des ordinateurs Shabasch. Mais comme je viens de te le dire, la <i>Sauterelle<\/i> n&rsquo;est pas le <i>Scintillant<\/i>. J\u2019ai cent fois moins de banques m\u00e9morielles que Prot\u00e9us. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab C\u2019est qui, Prot\u00e9us ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab L\u2019ordinateur du <i>Scintillant<\/i>. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Ouais, euh, bon. Je peux pas non plus lui expliquer que je vais la planter l\u00e0 et chercher une \u00e9quipe sp\u00e9cialis\u00e9e dans la r\u00e9incarnation. A mon avis, elle supportera pas. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Elle est d\u00e9j\u00e0 s\u00e9rieusement choqu\u00e9e. Si tu la laisses sans assistance, elle va craquer. Si tu lui expliques sa vraie situation aussi. Dans les deux cas, on ne pourra plus r\u00e9implanter son esprit. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Alors on peut rien faire. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Oh si, je me rends soudain compte que nous pouvons quelque chose, mais je ne suis pas s\u00fbre que tu sois d&rsquo;accord&#8230; Tu pourrais rester et lui tenir compagnie pendant que <i>moi<\/i>, je vais chercher de l&rsquo;aide. \u00bb<\/p>\n<p>Mes oreilles se sont aplaties et mes poils se sont dress\u00e9s. C&rsquo;est contradictoire mais pas incompatible.<\/p>\n<h3 class=\"rtecenter\">\u2022<\/h3>\n<p>Le probl\u00e8me, avec Val, c\u2019est qu\u2019on peut pas discuter. Elle n\u2019oublie aucun argument, elle ne loupe aucune faille, elle a toujours le dernier mot, et de toute fa\u00e7on, elle a raison. Forc\u00e9ment !<\/p>\n<p>Alors, je me suis retrouv\u00e9 dans la coursive de ce bon vieux <i>Scintillant<\/i>, devant ce foutu sas.<\/p>\n<p>Remarquez, c\u2019\u00e9tait mieux qu\u2019\u00e0 ma premi\u00e8re visite. J\u2019avais de la pression dans le couloir, maintenant, et avec les plafonniers je voyais bien o\u00f9 je mettais les pieds.<\/p>\n<p>Et puis au moins cette fois-ci, j\u2019avais pas eu de probl\u00e8me pour me diriger.<\/p>\n<p>J\u2019ai ouvert la premi\u00e8re porte du sas. Je suis entr\u00e9. J\u2019ai referm\u00e9 la porte. Je me suis tourn\u00e9 vers l\u2019autre. J\u2019ai appuy\u00e9 sur le poussoir d\u2019ouverture.<\/p>\n<p>Rien.<\/p>\n<p>\u00c7\u2019aurait \u00e9t\u00e9 trop facile, tiens.<\/p>\n<p>J\u2019ai fait sauter le capot du d\u00e9verrouillage d\u2019urgence et j\u2019ai tir\u00e9 le levier. Enfin, j\u2019ai essay\u00e9, parce que le levier n\u2019a pas boug\u00e9 d\u2019un poil, et la porte non plus.<\/p>\n<p>\u00ab Val ! \u00bb<\/p>\n<p>Pas de r\u00e9ponse. Quand la guigne s\u2019y met&#8230; J\u2019ai lev\u00e9 le bras pour v\u00e9rifier mon bracelet de com. Mais je <i>n\u2019avais pas<\/i> mon bracelet de com.<\/p>\n<p>C\u2019est pas possible ! T\u2019enfiles ta combi, tu v\u00e9rifies les sangles, tu testes la pressu, tu testes la com, c\u2019est des r\u00e9flexes ! Quand je suis sorti de la <i>Sauterelle<\/i>&#8230;<\/p>\n<p>Et l\u00e0, \u00e7a m\u2019est revenu.<\/p>\n<p>Cette fois, j\u2019\u00e9tais pas sorti de la <i>Sauterelle<\/i>. En tout cas, pas comme d\u2019habitude. Je m\u2019\u00e9tais allong\u00e9 dans mon caisson de survie, j\u2019avais ferm\u00e9 les yeux&#8230; Et je m\u2019\u00e9tais retrouv\u00e9 dans le <i>Scintillant<\/i>, devant le sas. Enfin, mon moi informatique. L\u2019autre, une fois la copie effectu\u00e9, devait se relever et retourner compter les morts. Sauf que l\u2019autre, c\u2019\u00e9tait moi aussi.<\/p>\n<p>C\u2019\u00e9tait \u00e7a, l\u2019id\u00e9e de Val : en attendant que les secours arrivent, envoyer une copie informatique de ma personnalit\u00e9 soutenir Flora dans l\u2019ordinateur du <i>Scintillant<\/i>. Et j\u2019y \u00e9tais. Mais bien s\u00fbr, Prot\u00e9us ne pouvait simuler que ce qu\u2019il connaissait, et du coup je me retrouvais en combi standard, sans com, sans casque, sans relais, sans outils, sans que dalle. En touriste.<\/p>\n<p>Et comment je faisais, moi, maintenant, avec ma lourde bloqu\u00e9e ?<\/p>\n<p>De rage, j\u2019ai failli terminer le bo\u00eetier de commande de la porte \u00e0 coups de poings. Mais je me suis retenu, parce que sur l\u2019afficheur du bo\u00eetier, y\u2019avait un truc anormal. D\u2019ordinaire, \u00e7a disait des trucs du genre <i>OUVERT<\/i> ou <i>FERME<\/i> ou <i>OXY 19.8<\/i>. L\u00e0, c\u2019\u00e9tait marqu\u00e9 <i>SAM<\/i>.<\/p>\n<p><i>SAM.<\/i><\/p>\n<p>\u00ab Euh&#8230; C\u2019est toi, Val ? \u00bb<\/p>\n<p><i>OUI.<\/i><\/p>\n<p>\u00ab Pourquoi tu me causes comme \u00e7a ? \u00bb<\/p>\n<p><i>PROTEUS NE PEUT SIMULER<\/i><\/p>\n<p>Un temps.<\/p>\n<p><i>QUE L\u2019ESSENTIEL DONC<\/i><\/p>\n<p>Un temps, encore.<\/p>\n<p><i>PAS DE VOIX POUR MOI<\/i><\/p>\n<p>Chiant, \u00e0 force, cet afficheur limit\u00e9 \u00e0 vingt-quatre signes.<\/p>\n<p><i>DEJA BIEN QUE JE PUISSE<\/i><\/p>\n<p>&#8230;<\/p>\n<p><i>TE PARLER AINSI.<\/i><\/p>\n<p>\u00ab Bon, ben ton Prot\u00e9us, il commence \u00e0 me les polir \u00e0 l\u2019\u00e9meri. Il me bloque la lourde, et j\u2019ai m\u00eame pas un canif pour n\u00e9gocier. \u00bb<\/p>\n<p><i>ATTENDS<\/i>.<\/p>\n<p>J\u2019attends.<\/p>\n<p>Rester Zen.<\/p>\n<p>Surtout, rester Zen.<\/p>\n<p><i>PORTE EN CONFLIT TU LA<\/i><\/p>\n<p><i>VEUX OUVERTE POUR FLORA<\/i><\/p>\n<p><i>ELLE EST FERMEE PROTEUS<\/i><\/p>\n<p><i>NE SAIT PAS COMMENT<\/i><\/p>\n<p><i>RESOUDRE LE CONFLIT<\/i><\/p>\n<p>J\u2019ai rican\u00e9.<\/p>\n<p>\u00ab Bouge pas, je vais le lui r\u00e9gler, moi, son conflit. \u00bb<\/p>\n<p><i>SAM ATTENDS<\/i><\/p>\n<p>Trop tard, de toute fa\u00e7on. J\u2019ai eu dix-huit ans pendant la guerre. J\u2019ai \u00e9t\u00e9 un des rares \u00e0 ne pas \u00eatre malade dans la navette qui nous a amen\u00e9s au centre orbital d\u2019affectation. Du coup, j\u2019ai \u00e9t\u00e9 vers\u00e9 \u00e9l\u00e8ve pilote sans sommations. Mais comme c\u2019\u00e9tait la guerre, on m\u2019a appris non seulement \u00e0 quitter le sol sans m\u2019exploser et \u00e0 le rejoindre sans m\u2019y vautrer, mais aussi \u00e0 rentrer dans une pi\u00e8ce quand j\u2019avais pas la cl\u00e9. C\u2019est des automatismes qui vous restent, ensuite.<\/p>\n<p>Et automatiquement, j\u2019ai recul\u00e9 d\u2019un pas et j\u2019ai balanc\u00e9 mon talon \u00e0 fond dans la porte. Elle s\u2019est ouverte avec un \u00ab bong \u00bb sonore, et imm\u00e9diatement, elle a refait \u00ab bong \u00bb et s\u2019est immobilis\u00e9e. Puis j\u2019ai entendu un \u00ab Plaf \u00bb.<\/p>\n<p>Oh-oh.<\/p>\n<p>Mauvais plan, \u00e7a.<\/p>\n<p>Je suis entr\u00e9, et j\u2019ai vu une forme humaine allong\u00e9e par terre, sur le c\u00f4t\u00e9. Je l\u2019ai tourn\u00e9e sur le dos. Elle avait de longs cheveux noirs. Et elle saignait de l\u2019oreille, du nez, de la bouche. Elle avait les yeux ferm\u00e9s, et autour du cou une cha\u00eene avec une plaque dor\u00e9e qui disait : <i>Flora Kesler<\/i>.<\/p>\n<p>Et merde.<\/p>\n<p>\u00ab Val ! \u00c7a d\u00e9conne ! J\u2019ai shoot\u00e9 la porte, mais la fille devait \u00eatre juste derri\u00e8re, elle l\u2019a prise en pleine gueule ! Dis \u00e0 Proteus qu\u2019on efface tout et qu\u2019on recommence ! \u00bb<\/p>\n<p>Pas de r\u00e9ponse&#8230; Merde, l\u2019afficheur. Je suis all\u00e9 voir.<\/p>\n<p><i>TA VISION IMPOSEE A<\/i><\/p>\n<p><i>FLORA TRADUITE PAR<\/i><\/p>\n<p><i>BLESSURE EFFACER LE<\/i><\/p>\n<p><i>PASSE IMPOSSIBLE<\/i><\/p>\n<p><i>INCOMPATIBLE AVEC TA<\/i><\/p>\n<p><i>MEMOIRE SOIGNEFLORA VITE.<\/i><\/p>\n<p>\u00ab Mais je peux rien faire, moi ! \u00bb<\/p>\n<p><i>SOIGNE FLORA VITE.<\/i><\/p>\n<p>Facile \u00e0 dire, tiens. Et comment ? Flora saignait, et j\u2019avais m\u00eame pas de quoi bloquer l\u2019h\u00e9morragie, sans parler de traiter le traumatisme qui l\u2019avait caus\u00e9e. Tout \u00e7a pour une histoire de divergence d\u2019opinion sur la possibilit\u00e9 ou non d\u2019ouvrir une porte !<\/p>\n<p>Eh, un instant&#8230; La cause, je pouvais la traiter.<\/p>\n<p>Non, c\u2019\u00e9tait stupide. J\u2019allais me coincer moi-m\u00eame, c\u2019\u00e9tait tout.<\/p>\n<p>Oh, et puis, de toute fa\u00e7on, j\u2019avais rien d\u2019autre \u00e0 tenter.<\/p>\n<p>J\u2019ai fonc\u00e9 dans le sas, j\u2019ai tir\u00e9 le levier d\u2019urgence de la porte c\u00f4t\u00e9 couloir \u2014 il est venu comme un beurre, le salaud \u2014 pour la maintenir ouverte. Puis j\u2019ai enfonc\u00e9 le poussoir de d\u00e9pressurisation. J\u2019ai eu le temps de bondir \u00e0 nouveau dans la salle, d\u2019agripper Flora et de me cramponner \u00e0 la premi\u00e8re main-courante venue, et le cyclone s\u2019est abattu sur nous.<\/p>\n<p>On a \u00e9t\u00e9 ballott\u00e9s tous les deux pendant une bonne vingtaine de secondes avant que la porte int\u00e9rieure ne se rabatte pour arr\u00eater la voie d\u2019air. Le temps de reprendre mon \u00e9quilibre, et j\u2019ai fonc\u00e9 v\u00e9rifier. Pression z\u00e9ro de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9. Poussoir d\u2019ouverture : rouge. Le sas \u00e9tait ferm\u00e9 d\u00e9finitivement. Enfin, jusqu\u2019\u00e0 ce que quelqu\u2019un r\u00e9tablisse la pression dans toute la partie ext\u00e9rieure.<\/p>\n<p>Et c\u2019\u00e9tait pas demain la veille : puisqu\u2019il n\u2019y avait plus personne de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9, y\u2019avait <i>plus<\/i> d\u2019autre c\u00f4t\u00e9. Le p\u00e8re Prot\u00e9us, trop content de l\u2019aubaine, avait sans doute imm\u00e9diatement cess\u00e9 de simuler tout l\u2019ext\u00e9rieur ; c\u2019\u00e9tait toujours \u00e7a de moins \u00e0 g\u00e9rer.<\/p>\n<p>J\u2019ai adress\u00e9 une pri\u00e8re \u00e0 tout ce que je connaissais de divinit\u00e9s \u2014 il \u00e9tait temps, tiens \u2014 et je suis retourn\u00e9 voir Flora.<\/p>\n<p>Gagn\u00e9 ! Elle ne saignait plus !<\/p>\n<p>Val me l\u2019avait dit, C\u2019\u00e9tait le choc qui avait caus\u00e9 l\u2019h\u00e9morragie, mais c\u2019\u00e9tait cette foutue porte qui avait caus\u00e9 le choc&#8230; En la bloquant, je donnais raison \u00e0 Flora. Plus de conflit, plus de traumatisme, et plus d\u2019h\u00e9morragie.<\/p>\n<p>Bon, j\u2019avais pris un sacr\u00e9 pari, mais j\u2019avais r\u00e9ussi&#8230; Finalement, y\u2019avait des avantages \u00e0 \u00eatre informatique \u2014 m\u00eame si j\u2019esp\u00e9rais bien ne pas le rester trop longtemps.<\/p>\n<p>Flora a ouvert les yeux. J\u2019ai essay\u00e9 de me rappeler comment on faisait, d\u00e9j\u00e0, pour sourire.<\/p>\n<p>\u00ab Salut, Flora. C\u2019est Sam, vous vous souvenez ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Oui&#8230; Vous avez pu entrer ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Je vous l\u2019avais dit que je finirais par vous retrouver ! \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Qu\u2019est-ce qui s\u2019est pass\u00e9 ? J\u2019ai re\u00e7u un coup, non ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Ouais, ce con d\u2019ordinateur de, euh, de contr\u00f4le du sas voulait rien savoir&#8230; J\u2019ai d\u00fb forcer le passage et vous \u00e9tiez sur le chemin, d\u00e9sol\u00e9&#8230; Bon, maintenant j\u2019esp\u00e8re qu\u2019on va s\u2019entendre vous et moi, parce je crois bien qu\u2019on est bloqu\u00e9s ensemble ici pour un certain temps. \u00bb<\/p>\n<p>Un certain temps durant lequel j\u2019allais devoir tenir ma langue \u00e0 deux mains pour ne pas dire de conneries. Flora et moi, on \u00e9tait tous les deux des projections informatiques. Flora devait continuer \u00e0 l\u2019ignorer. Moi, je devais continuer \u00e0 m\u2019en souvenir.<\/p>\n<p>Je commen\u00e7ais \u00e0 esp\u00e9rer que dans les rations virtuelles de ce bon Prot\u00e9us, je trouverais de l\u2019aspirine.<\/p>\n<p>Et qu\u2019elle aurait un effet.<\/p>\n<h3 class=\"rtecenter\">\u2022<\/h3>\n<p>\u00ab Ici Val\u00e9rie, pilote par int\u00e9rim de la <i>Sauterelle en Fer-Blanc<\/i>, indicatif Sierra Fox Bravo. J&rsquo;appelle l&rsquo;\u00e9pave du <i>Scintillant<\/i>. R\u00e9pondez&#8230; \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Ici Samuel Foster, commandant par int\u00e9rim de l&rsquo;\u00e9pave du <i>Scintillant<\/i>, indicatif Echo Sierra. \u00c7a roule, Val ? Tu sais, j&rsquo;les ai un peu \u00e0 z\u00e9ro, de t&rsquo;laisser toute seule aux commandes. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Il faut bien que quelqu&rsquo;un aille chercher du secours. Et puis dis-toi que malgr\u00e9 les d\u00e9g\u00e2ts, les r\u00e9serves du <i>Scintillant<\/i> sont encore largement sup\u00e9rieures \u00e0 celles de la <i>Sauterelle<\/i>. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Je sais, Val. Bon, ben ici c&rsquo;est pas le luxe, mais faudra faire avec, hein ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Comment va Flora ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Au poil, ce serait beaucoup dire, mais \u00e7a va mieux. Elle a juste une bosse. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Tant mieux. Je vais devoir couper la liaison, maintenant. Portez-vous bien ! Termin\u00e9. \u00bb<\/p>\n<p>Eh ben, s\u2019il avait les boules, moi aussi. Des boules bizarres, un truc que j&rsquo;avais jamais ressenti. J&rsquo;avais l&rsquo;impression que j&rsquo;entendrais toute ma vie ma foutue propre voix d\u00e9biter des trucs que j\u2019avais jamais dits.<\/p>\n<p>J&rsquo;ai mis plusieurs secondes \u00e0 r\u00e9aliser que Val s&rsquo;adressait \u00e0 moi.<\/p>\n<p>\u00ab Excuse-moi, Val, j&rsquo;\u00e9coutais pas. Tu disais ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Je disais que tout semblait s\u2019arranger. Ta copie a finalement r\u00e9ussi \u00e0 s\u2019int\u00e9grer \u00e0 l\u2019univers de Flora. De son point de vue, tu te trouves maintenant dans la m\u00eame salle qu&rsquo;elle. \u00bb<\/p>\n<p>Tout en essayant de d\u00e9gager sa plaque d&rsquo;identit\u00e9 de la statue anguleuse qu&rsquo;\u00e9tait devenu un des machinistes du <i>Scintillant<\/i> \u2014 tu prends pas l&rsquo;\u00e9clatement d&rsquo;un moteur sur-luminique dans le museau sans que \u00e7a laisse des traces \u2014, je pouvais pas m&#8217;emp\u00eacher de gamberger.<\/p>\n<p>\u00ab J&rsquo;arrive pas \u00e0 r\u00e9aliser que c&rsquo;est moi, l\u00e0-bas. Je veux dire, moi j&rsquo;suis ici, dans la salle des machines, et y&rsquo;a personne avec moi. J&rsquo;peux pas m&rsquo;y faire. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Si \u00e7a peut te soulager, ce Sam-l\u00e0 non plus n&rsquo;est pas tr\u00e8s \u00e0 l&rsquo;aise. Il sait qu&rsquo;il est une projection informatique, et il sait que son objectif c&rsquo;est d&#8217;emp\u00eacher qu&rsquo;une autre projection informatique ne devienne folle. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Ouais, ben j&rsquo;esp\u00e8re que lui-m\u00eame va pas virer fromage fondu, j&rsquo;suis cens\u00e9 le r\u00e9int\u00e9grer au final, d&rsquo;apr\u00e8s ce que tu m&rsquo;as dit. J&rsquo;voudrais pas qu&rsquo;on me fusionne avec une plante verte. \u00bb Sous mes doigts, j&rsquo;ai senti craquer un truc. \u00ab \u00c7a y est, j\u2019ai la plaque. Tu notes ? Lescryn, m\u00e9canicien de seconde classe. Cristallisation. C&rsquo;est le dernier. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Entendu, Sam. En rentrant, tu pourras d\u00e9crocher les buses de pompage, nous sommes de nouveau en pleine charge \u00e9lectrique et propulsive. Et si tu peux, ram\u00e8ne des rations, nous pouvons encore en stocker une quinzaine. \u00bb<\/p>\n<h3>\u2022<\/h3>\n<p>Je suis rentr\u00e9 cass\u00e9. J\u2019avais pass\u00e9 plus de quinze heures \u00e0 recenser deux cent dix sept macchabs, et je ne comptais pas ceux qui flottaient hors du <i>Scintillant<\/i>.<\/p>\n<p>La premi\u00e8re chose que j&rsquo;ai vue dans la cabine vide de la <i>Sauterelle<\/i>, c&rsquo;est le tableau de bord, et sur son \u00e9cran, le visage de Val. Pendant que je d\u00e9posais ma combi pressuris\u00e9e, y&rsquo;a eu un long silence. Val n&rsquo;avait rien \u00e0 dire, et moi j&rsquo;en avais une tonne, mais je savais pas trop par quel bout le sortir.<\/p>\n<p>\u00ab Euh, Val&#8230; \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Oui, Sam ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab J&rsquo;voulais t&rsquo;dire&#8230; J&rsquo;te pr\u00e9sente mes excuses. J&rsquo;crois que j&rsquo;ai dit des choses blessantes. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Je ne te dirai pas que c&rsquo;est oubli\u00e9 : je n&rsquo;oublie jamais rien. Disons que \u00e7a n&rsquo;est pas grave. \u00bb<\/p>\n<p>Je me suis vautr\u00e9 dans le fauteuil de pilotage.<\/p>\n<p>\u00ab Euh, Val, dis-moi&#8230; \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Oui ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Si on peut mettre un esprit dans un ordinateur&#8230; \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Un ordinateur Shabash. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Un ordinateur Shabasch, ouais, et si on peut aussi sortir un esprit d\u2019un ordinateur Shabasch pour le mettre dans un nouveau corps, alors&#8230; \u00c7a pourrait se faire aussi pour toi, non ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Bien s\u00fbr. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Et, j&rsquo;veux dire&#8230; T&rsquo;y as jamais song\u00e9 ? \u00bb<\/p>\n<p>Val m&rsquo;a regard\u00e9 longuement, mi s\u00e9rieuse, mi souriante.<\/p>\n<p>\u00ab \u00c7a m&rsquo;arrive. Passage en hyper-v\u00e9locit\u00e9 dans une minute. Tu ferais mieux de boucler ton harnais, sauf si tu as sp\u00e9cialement envie d\u2019aller te fracasser au fond de la cabine. \u00bb<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Ce texte, \u00e9crit par Albert Aribaud &lt;albert.aribaud@free.fr&gt; fut publi\u00e9 en 2000 dans le n\u00b0 00 du fanzine Gam\u00e8te, dont l&rsquo;\u00e9diteur, Claude Dumont, est d\u00e9c\u00e9d\u00e9 depuis. Il est diffus\u00e9 sous licence Creative Commons by-nc-nd, (attribution, pas d&rsquo;usage commercial, pas de modification) ; pour tout usage incompatible avec cette licence, contacter l&rsquo;auteur. 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